Après la commission « Attali », l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) exhorte la France à rayer les conseils généraux de la carte.
« Le regroupement des petites communes et la suppression de l’échelon départemental pourraient engendrer des économies d’échelle substantielle » : l’avantage avec l’Organisation de coopération et de développement économiques, c’est qu’elle tourne rarement autour du pot… L’instance a profité de la présentation, ce 28 novembre, de ses prévisions de croissance pour jeter un pavé dans la mare gouvernementale. Pour l’OCDE, la révision générale des politiques publiques (RGPP) doit être étendue à la sphère locale. Et vite !
Les clusters plutôt que les allocations
Claudy Lebreton (PS), président de l’Assemblée des départements de France (ADF) peut bien, dans une lettre adressée le 1er décembre au chef économiste de l’institution Pier Carlo Padoan, invoquer la soumission des conseils généraux à « la règle d’or » et leur faible endettement (1,89 % de la dette publique nationale), rien n’y fait. L’OCDE en pince pour les régions, plus chiches en personnels, davantage portées sur l’investissement et les clusters que sur la distribution d’allocations (l’allocation personnalisée d’autonomie, la prestation de compensation du handicap et le revenu de solidarité active à la charge des conseils généraux). En témoigne le titre de son étude publiée le 5 décembre : « Gouvernance : les régions ont un rôle clef à jouer dans la reprise économique ».
La commission « Attali » pour la libération de la croissance française ne se fixait pas d’autre horizon dans son rapport remis le 23 janvier 2008 à Nicolas Sarkozy. « Les régions doivent être renforcées significativement dans leurs compétences traditionnelles (développement économique et formation professionnelle), ordonnait le cénacle dirigé par l’ancien président de la Banque européenne de développement (BERD). L’objectif est de constater à dix ans l’inutilité du département. »
Le riposte de Jean-Luc Mélenchon
Les auteurs de ce réquisitoire, membres de la commission ? Mario Monti, futur président du conseil italien, Jean-Michel Darrois, patron d’un cabinet d’avocats d’affaire, ou Serge Weinberg, président non-exécutif de Sanofi-Aventis. Un bottin mondain du libre-échangisme selon Jean-Luc Mélenchon. « Des organismes qui n’ont aucune espèce de légitimité démocratique nous recommandent – impudence incroyable – de supprimer les départements », a rugi le tribun du Front de gauche, en meeting le 1er décembre à Talence (Gironde). Et l’ancien vice-président du conseil général de l’Essonne d’enfoncer le clou : « Pour leur complaire, nous devrions, nous Français, rayer de la carte la création de la grande révolution de 1789. Nous sentons trop bien ce que tout cela veut dire. Les privilégiés, abattus par la nuit du 4 août, mille fois reconduits à la porte par le mouvement ouvrier prétendent voir leur droit naturel à jouir sans entrave rétabli pendant que les autres pâtissent sans fin. » Mettre le département au cœur d’une nouvelle lutte des classes, il fallait y penser…
Jean-Baptiste Forray