La jacquerie des « divers droite »

La rencontre, peu avant les fêtes, ne figurait sur aucun agenda officiel. Dans le secret de son bureau, le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant s’est lancé, ce jour-là, dans une médiation avec des patrons de département acquis à la majorité, mais très remontés contre les réformes de la taxe professionnelle et des territoires. Comme une marque, parmi d’autres, de l’importance que Nicolas Sarkozy accorde à l’architecture des collectivités. Comme un signe, aussi, des crispations qu’engendrent ses desseins.

La tentative du grand ordonnateur de l’Elysée a fait long feu. Parmi les participants, Christian Namy, président du conseil général de la Meuse, campe toujours sur ses positions : « Ce n’est pas parce que l’on soutient un gouvernement que l’on doit tout accepter sans rien dire. Je ne suis pas inféodé. J’entends conserver ma liberté de parole et dire ce que je pense. »

Philippe Adnot (Aube), sénateur et candidat, en 2004 de la droite à la présidence de l’Assemblée des départements de France (ADF), le clame encore plus fort : « J’ai voté Sarkozy et je me sens trahi. » Le troisième larron, Gérard Roche (Haute-Loire) lâche, bravache : « Dans une famille, quand les choses ne vont pas, il faut le dire. Nous sommes les fantassins de la République et cela mérite le respect ! »

Anti-métropoles

Tous trois sont enracinés, vent debout contre « les appareils parisiens ». Une triplette de forts en gueule, pas toujours à l’abri de la démagogie, estampillé d’une non-étiquette : « divers droite ».

Dans la ligne de mire de ces porte-drapeaux de la France des villages et des petites villes, les conseillers territoriaux. « Les cantons de 15 ou 20 000 habitants ne sont pas adaptés, plaide Christian Namy. Dans un département comme le mien, on va avoir, au mieux, deux fois moins de conseillers généraux alors que l’on s’occupe du transport scolaire de 17 000 enfants, de collèges accueillant 8 100 élèves, de 593 enfants confiés par jugement, 600 personnes handicapées, 4 500 familles de faible ressource… »

« Le conseiller territorial est le fruit d’esprits tordus, renchérit Philippe Adnot. Son mode de scrutin, stupide, sera tel que pourront être désignés des candidats pour lesquels les électeurs n’ont pas voté ! » Christian Namy s’inquiète des métropoles, de nature, à ses yeux, à accentuer la fracture territoriale.

Sous l’œil de l’ADF

La suppression de la clause de compétence générale, là où les communes perdurent grâce au soutien financier du département apparaît aux rebelles comme une provocation. Pire, même, un abandon. Face à ce changement, vecteur d’un énième « déménagement » du territoire, l’athée Gérard Roche en vient à invoquer le ciel : « L’autre dimanche, j’étais à la messe pour célébrer la réfection d’une église romane grâce à des financements croisés. Monsieur Marleix (NDLR : secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux collectivités territoriales) était présent. Pendant la cérémonie, je me suis pris à penser que si l’esprit saint pouvait peut-être descendre sur lui pour lui dire de conserver les cofinancements des départements, ce serait une bonne chose. »

La majorité socialiste de l’Assemblée des départements de France met volontiers en avant ces rebelles, comme lors de sa grande agora avec l’Union des conseillers généraux de France (UCGF) à la veille du Congrès des Maires, le 16 novembre.

Compensation de l’Etat

Philippe Adnot, Christian Namy et Gérard Roche se parlent et s’apprécient. Mais hors de question de monter un nouveau groupe, que diable, une organisation ! Ce qui ne les empêche pas de faire flèches de tout bois. Christian Namy dans la Meuse, entend dévoiler le montant évalué par sa chambre régionale des comptes de ce que l’Etat doit à sa collectivité : « 55 millions d’euros sur quatre ans n’ont pas été compensés dans le domaine social (APA, RMI, RSA, etc.). »

Le succès de la Saône-et-Loire, dans sa demande de compensation par l’Etat du transfert du secteur de la protection de l’enfance, lui donne des ailes. Il a écrit à François Fillon afin que sa collectivité obtienne son dû. Faute de réponse positive, il n’hésitera pas à lancer son département dans une procédure devant les juridictions administratives.

Jean-Baptiste Forray

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