Les socialistes à la conquête du Sénat

Il y a tout juste un an, la réplique au comité « Balladur » provoquait l’un des premiers « bugs » de l’équipe « Aubry ». Un texte de la toute nouvelle secrétaire nationale à la réforme de l’Etat et des collectivités locales, Elisabeth Guigou, était recalé, sous l’influence du groupe PS au Sénat. En cause, d’après certaines indiscrétions : la part trop belle accordée aux intercommunalités et aux régions au détriment des communes et, surtout, des départements. Certains esprits mal intentionnés (« machos » ?) discernaient la patte du mari de l’ancienne garde des Sceaux : Jean-Louis Guigou, ex-délégué à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar), partisan de cinq régions grandes et fortes.

Toujours est-il que les deux parties ont fini par accorder leurs violons. Le parti majoritaire dans les villes, les « agglos », les départements et les régions, a, une nouvelle fois, choisi de ne pas choisir entre les quatre principaux niveaux d’administration.

Influence sénatoriale

« Casse des services publics » et « recentralisation » : ses angles d’attaques fleurent bon les années où Jean-Pierre Raffarin résidait à Matignon. Comme durant cette phase de transferts législatifs de l’Etat vers les collectivités, Laurent Fabius est à la manœuvre. Le secrétaire national aux élus et aux territoires d’alors (2003-2005) est devenu, à l’automne 2009, coordinateur national du PS sur la réforme territoriale. Un désaveu pour Elisabeth Guigou ? L’adjointe au maire de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), qui n’a jamais dirigé d’exécutif local, conserve ses attributions d’origine. Mais la spécialiste des questions européennes et judiciaires ne semble pas totalement à son aise dans le marigot des présidents d’associations pluralistes d’élus, pour la plupart encartés au PS.

Jean-Claude Peyronnet, figure du groupe au Sénat et longtemps président de conseil général de la Haute-Vienne (1982-2004), intervient, désormais, à ses côtés rue de Solferino. Mot d’ordre subliminal : surtout ne pas braquer les délégués des communes (95 % du corps électoral de la Haute Assemblée), à moins de deux ans d’un scrutin où le « plateau » pourrait bien basculer de droite à gauche…

Les « acquis » avant tout

Lors de ces rencontres avec la presse, comme ce 18 janvier, c’est surtout Laurent Fabius qui fait le métier. A sa façon : « pro ». Un jour, il soulève le lièvre des réserves du Conseil d’Etat sur le mode de désignation des conseillers territoriaux. Le lendemain, il pointe les hausses d’impôts dans certaines collectivités UMP. Humour à froid et formules aux petits oignons : l’éternel candidat à la présidence de la République donne du vernis au combat. Le patron de la nouvelle communauté d’agglomération de Rouen Elbeuf Austreberthe (CREA) évite, cependant, de trop s’aventurer hors des sentiers battus.

L’intitulé du nouveau site internet du PS, « Défendons nos territoires » sonne comme une resucée policée du « Touche pas mon pote » des années 1980. Malgré certaines embardées (des listes élues au suffrage universel direct dans les métropoles) le « parti de la décentralisation » entend, avant tout, « conforter les acquis ». Au risque d’apparaître comme un syndicat d’élus. « Un conglomérat de potentats locaux » corrige, sévère, Jean-Pierre Balligand, coprésident de l’Institut de la décentralisation et député… PS. Décidément, rien ne change depuis 2002 : ceux qui parlent le plus mal du PS restent les socialistes eux-mêmes.

Jean-Baptiste Forray

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