Abstention, piège à régions

« Plus que jamais, la réforme et la simplification de l’organisation territoriale que nous souhaitons avec le président de la République sont nécessaires » : dès le début de son discours au soir du premier tour des régionales, François Fillon a annoncé la couleur. La seconde « mi-temps », le 21 mars, n’entraînera pas plus de changement de cap. Peu importe le  triomphe annoncé de l’opposition, pour le premier ministre, seule compte l’abstention « record » du 14 mars, meilleure preuve que « les régions et leurs dirigeants n’ont pas trouvé leur place dans l’opinion ».

« Folie fiscale »

Les dirigeants de l’UMP se sont chargés de préciser sa pensée. Absentes, pour des raisons bassement partisanes du sursaut de la relance, incapables, pour des motifs tout aussi pavloviens, de participer à l’effort en faveur de la sécurité dans les lycées, les régions se retrouvent, chez eux, parées des pires travers. Juste « bonnes à arroser les associations ». Uniquement promptes à augmenter le nombre de fonctionnaires en dehors des transferts de charges de l’Etat. Incapables de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Plongées dans la « folie fiscale », selon l’expression, le 20 novembre de Nicolas Sarkozy. N’en jetez plus ! A ces dérives, le parti présidentiel a son antidote : le conseiller territorial. A la fois conseiller général et conseiller régional, le nouvel édile apportera en 2014, la légitimité démocratique à la plus neuve des collectivités… Autant d’éléments de langage déclinés à satiété durant toute la soirée du 14 mars.

Le 15 mars, Alain Marleix secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales va encore plus loin. A ses yeux, les résultats démontrent  « très clairement qu’une élection au scrutin proportionnel ne permet pas d’établir le lien indispensable à la bonne compréhension du rôle d’une collectivité territoriale entre les électeurs et les élus ». « Il est en particulier indispensable de réformer le mode de scrutin et de mettre en place des modalités d’élection permettant aux Français de voter pour un conseiller régional ancré sur un territoire déterminé, qu’ils puissent enfin identifier », ajoute Alain Marleix à l’attention des derniers qui n’auraient pas compris.

Contre-pouvoirs

Pour l’opposition, la ficelle est un peu grosse. La manipulation destinée à faire rendre gorge aux régions, est, selon elle, avérée. Par un tour de passe-passe, l’UMP transformerait une lourde défaite en plébiscite pour sa réarchitecture locale. La confirmation, selon les socialistes et leurs alliés, que le gouvernement poursuit un objectif « purement politicien ». Fort de ses 15 points d’avance en Aquitaine (sur le ministre du Travail, Xavier Darcos), le président de l’Association des régions de France (ARF), Alain Rousset (PS) « demande au gouvernement de retirer sa réforme territoriale qui a été désavouée par le pays ».

Le PS, déjà dominateur lors des scrutins municipaux, cantonaux et intercommunaux de 2008, arbore, fièrement, son titre de champion de France des élections locales. Il entend se servir de ses collectivités comme autant de « boucliers sociaux ». Ses autorités locales ne se prendraient-elles pas, du coup, pour des contre-pouvoirs ? Ne favoriseraient-elles pas une cohabitation avec l’Etat, nocive pour l’unité nationale ? Le débat, vieux comme les premiers succès socialistes aux cantonales et aux régionales de 2004, resurgit.

Pas sûr qu’au Parlement, il favorise un examen serein des différents projets de loi de réforme territoriale.

Jean-Baptiste Forray

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