Le PS prend le parti des élus locaux

L’écharpe tricolore en bandoulière, les libertés locales au cœur… : le conseil national du Parti socialiste, ce 27 mars à la Mutualité, a tourné à la démonstration de force. En bonne place sur les agendas des participants au « rassemblement pour une vraie réforme territoriale » : le scrutin sénatorial de septembre 2011.

Le PS, plus que jamais hégémonique dans les régions, hyper-majoritaire au sein des villes (Paris, Lyon, Toulouse, Lille, Nantes, Strasbourg, Montpellier, Lille, etc.) et des grandes intercommunalités (y compris celles dont la commune-centre est dirigée par l’UMP comme à Bordeaux et Marseille), dominateur parmi les départements (58 sur 102), vise la présidence la Haute assemblée, le « plateau ». Mais le mode de scrutin sénatorial est surtout favorable aux territoires ruraux.

Le Sénat en ligne de mire

D’où une opération séduction à destination des délégués des petites communes. D’où le refus, très ferme, d’un grand soir des territoires. « La nature même du Sénat – porter la parole des élus locaux – est d’être une Haute assemblée, équilibrée, modérée et tempérée, rassure le patron du groupe socialiste au Palais du Luxembourg, Jean-Pierre Bel dans Le Monde daté du 25 mars. Aujourd’hui, la majorité sénatoriale est soumise aux directives de l’Elysée. J’en veux pour preuve sa passivité face aux attaques politiques de « recentralisation » et de « dévitalisation » des territoires orchestrées par l’UMP depuis 2007. »

Le titre de la  tribune de Jean-Pierre Bel – « Et maintenant, l’alternance au Sénat » – aurait semblé surréaliste dans les années 1980. Après les échecs des cantonales de 1982 et des municipales de 1983, des ténors du PS appelaient, mezzo voce, à une « pause de la décentralisation ». Dans le secret des cabinets, on maudissait ces lois qui offraient le pouvoir sur un plateau aux « notables » de l’UDF et aux « caciques » du RPR. Le ministre de l’Intérieur Gaston Defferre avait tenu bon la barre, imposant l’achèvement de son édifice avec la complicité du Sénat. En 1986, lors des premières élections régionales au suffrage universel direct, la gauche n’avait décroché que deux régions métropolitaines sur 22 : le Limousin et le Nord-Pas-de-Calais.

Course au centre

Près d’un quart d’un siècle plus tard, elle frôle le grand chelem (21 sur 22). Une mini-révolution qui en dit long sur la métamorphose de son noyau dur, le parti à la rose. Un homme, plus que tout autre, incarne cette mue : Gérard Collomb, sénateur-maire (PS) de Lyon. Dans un entretien au Nouvel observateur du 25 mars, l’ancien professeur de lettres classiques appose sa propre version au sacre du printemps. « Les élus locaux socialistes, en particulier les présidents de conseils régionaux ou les maires de grandes villes, ne se contentent pas de gérer des territoires, assène-t-il d’entrée. Ils ont les yeux ouverts sur l’Europe et le monde. Ils voient le mouvement de globalisation. Ils savent d’expérience que l’économie ne se dirige plus au niveau de l’Etat-Nation. Ils constatent les évolutions qui travaillent la société, les nouveaux modes d’identification, les problèmes de ségrégation qui s’aggravent. Bref, ils ne font pas de la politique en chambre. » Manuel Valls, député-maire (PS) d’Evry est plus lapidaire dans Le Monde daté des 28 et 29 mars : « Comme aux municipales de 2008, les Français ont renouvelé leur confiance à la gauche qui gère les collectivités. »

Test cantonal

Composé pour l’essentiel d’édiles, le PS renoue avec la « vieille maison », la SFIO. Il enchaîne succès locaux et revers nationaux. Ses 18 présidents de régions métropolitaines ressemblent souvent à des sénateurs. Hommes, sexagénaires, rodés à bien des mandats locaux depuis la fin des années 1970… Leurs pratiques, pour certains d’entre eux, les rapprochent des patrons de départements, si influents dans les travées de la Chambre haute. Ces super-présidents de conseils généraux courent les manifestations cantonales, souvent prêts à financer, ici, un regroupement de médecins, là, une salle des fêtes. Leur attachement à la clause de compétence générale – qui leur offre une grande liberté d’action – puise en partie son origine là. Le PS, à la veille du grand rendez-vous de 2011, fait corps avec la Haute assemblée. Les jeux ne sont pas faits pour autant. Avant septembre, la moitié des conseils généraux seront renouvelés en mars 2011…

Gérard Collomb en embuscade

En attendant, les élus veulent peser Rue de Solferino. Martine Aubry en tient compte, qui a promis d’associer le futur président de l’Association des régions de France (ARF). Un homme désigné le 7 avril parmi trois postulants blanchis sous le harnais : le sortant Alain Rousset (PS, Aquitaine) et ses deux challengers Jacques Auxiette (PS, Pays-de-la-Loire) et Michel Vauzelle (PS, Provence-Alpes-Côte-d’Azur).

Pour Gérard Collomb, le compte n’y est pas encore. Le patron du Grand Lyon rue dans les brancards. Attaque la première secrétaire : « Le problème, c’est qu’il y a deux Martine Aubry. Celle de Lille qui gouverne avec le centre et voit la société telle qu’elle est. Et celle de Solferino… » Le sénateur avait, en vue du congrès de Reims de novembre 2008, jeté les bases d’un rassemblement des barons socialistes. Son attelage avec Jean-Noël Guérini (président du puissant conseil général des Bouches-du-Rhône) et Vincent Feltesse (jeune patron de la Communauté urbaine de Bordeaux) avait fini dans l’orbite de Ségolène Royal. Depuis, il a repris son indépendance. Il se murmure qu’il viserait un grand ministère en cas de victoire de la gauche en 2012. Mais n’est-ce pas plutôt vers la présidence du Sénat que Gérard Collomb lorgne ? Le « plateau » lui irait comme un gant.

Jean-Baptiste Forray

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1 commentaire

Classé dans Chronique

Une réponse à “Le PS prend le parti des élus locaux

  1. pytheas

    La France n’est pas la somme des baronnies, n’en déplaise à Mr. Collomb, et l’Europe n’est pas la somme des régions, mais le Monde lui est fait de rapport de forces des nations ou de bloc de nations, enfin encore pour un certain temps: la guerre et la paix sont entre leurs mains. Ce n’est pas négligeable. Non à la dérive espagnole ou italienne.
    Les élus locaux sont finalement mal assez placés pour s’auto-réformer, non? Un peu comme si on demandait au sénat de se démocratiser par lui-même: De Gaulle est tombé sur un os à ce moment là. C’est difficile la conduite du changement dans ces conditions. Et si on demandait l’avis des citoyens de la nation française? Oui il est temps, vraiment temps:
    -de simplifier les couches (régions plus larges géographiquement et fonctionnellement) de mutualiser massivement pour baissr les coûts des transactions,
    -de créer de réelles métropoles (somme de communautés et de fonctions départementales avec obligation de mutualiser les coûts),
    – de contrôler les 5 ou 6.000 organismes locaux gestionnaires d’argent public,
    -de démocratiser les EPCI, hors du champ du contrôle du peuple,
    -de contrôler véritablement et efficacement les politiques publiques par un organisme externe à la collectivité
    -responsabiliser en donnant de l’autonomie fiscale

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