Cantonales : le coup du mépris

L’abstention-record au premier tour des cantonales n’est-elle que le symptôme de la fracture civique  ? Ne plonge-t-elle pas aussi ses racines dans le mépris politico-médiatique pour la vieille maison départementale ? Qui veut tuer son chien ne l’accuse-t-il pas de la rage ? Ces questions méritent d’être posées, tant le non-vote du 20 mars sanctionne une non-campagne.

Silence radio dans les médias

A aucun moment, les « pêcheurs à la ligne » n’ont été invités à retrouver le chemin des urnes. L’exécutif n’a demandé ni l’interruption des travaux du Parlement, ni de grande communication nationale sur les enjeux du scrutin. Sur les plateaux, le soutien aux petites communes, les routes nationales, la construction et l’entretien des collèges ont été passés à l’as. Silence radio, également, quant à l’avenir de la prestation de compensation du handicap (PCH), du revenu de solidarité active (RSA) et de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), tous trois distribués par les conseils généraux.

Pas assez « glamour » pour les télés, trop « techno » pour les « grands élus », l’institution départementale n’a pas la côte. Dans le regard des « acteurs économiques », la « collectivité providence », davantage portée sur l’assistance que sur la compétitivité,  prend les formes, d’un énième mammouth.

Paris au secours des régions

Son destin, nimbé de gloire révolutionnaire, aiguisé par la chanson de geste napoléonienne, demeure, à jamais, lié à la construction de l’Etat-Nation. Peu importe que les conseils généraux aient conquis, de haute lutte, leur indépendance face aux préfets, ils apparaissent comme le stigmate d’un Etat dressé contre tous les contre-pouvoirs, d’une France rurale (celle située, au maximum à une journée cheval du chef-lieu) engloutie.

Dans les cercles parisiens, on leur préfère les régions : plus européennes, plus ouvertes aux vents de la globalisation. Plus modernes en somme. Du haut de son piédestal, Jacques Attali a fait un sort au département. En bonne place, dans le rapport (de janvier 2008) de sa commission pour la libération de la croissance française : leur disparition « dans les dix ans ». En mars 2009, Edouard Balladur, plaidant pour leur « évaporation », ne disait rien d’autre.

A la faveur du cumul des mandats, de ses relais à l’Assemblée et, surtout, au Sénat, le conseil général a fait de la résistance. Et, comme souvent, le voilà qui sort plutôt grandi de la loi du 16 décembre 2010 portant réforme des collectivités territoriales (RCT). Son mode d’élection, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, est même étendu aux régionales. Nicolas Sarkozy, ex-patron des Hauts-de-Seine, décerne au canton le titre d’« ADN de la démocratie ».

Sursaut sémantique

Le conseiller territorial appelé à siéger dans les assemblées départementales et régionales redonnera-t-il, pour autant, une seconde vie au département ? Réponse en 2014… si l’opposition ne rafle pas la mise lors des grands rendez-vous nationaux de 2012 pour mieux abroger la réforme.
Le renouvellement intégral (et non par moitié  pour seulement trois ans comme cette année) des conseils généraux en 2014 recueille, quoiqu’il en soit, l’assentiment de tous. Attirera-t-il un peu plus d’électeurs ? Voilà le but recherché. Le front sémantique ne doit pas être négligé non plus. Difficile, aujourd’hui pour le citoyen, de s’y retrouver quand il élit dans un canton, un conseiller général appelé à gérer les affaires départementales. A quand le conseil départemental ?

Jean-Baptiste Forray

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1 commentaire

Classé dans Chronique

Une réponse à “Cantonales : le coup du mépris

  1. Swordman

    « Paris au secours des Régions » ?
    Vous plaisantez ?
    La loi d’août 2004 n’a-t-elle pas passé par pertes et profits la notion de chef de file en matière de développement économique et de formation professionnelle ?
    Le Plan emploi du gouvernement ne zappe-t-il pas complètement les Régions au profit des… Sous-Préfets ?
    L’Etat n’a-t-il pas refusé en 2007 d’instaurer les Régions comme autorité de gestion des Fonds structurels européens (saur pour… l’Alsace !) en dépit de la preuve mainte fois fournie de la capacité d’animation dont font preuve la majeure partie des Régions (l’animation des mesures étant la condition sine qua non de la mobilisation des fonds) ?
    Les exemples ne manquent pas pour montrer que le fait régional a peut-être sa place dans les « dîners en ville » mais jamais dans les textes !

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