Elysée-collectivités : la rupture

Si Nicolas Sarkozy a, durant son quinquennat, accompli une rupture, c’est bien celle entre l’Etat et les collectivités. Le divorce se traduit, ce 25 septembre, par la défaite de la majorité aux sénatoriales. Le triomphe de l’opposition dans le Morbihan en dit long sur l’ampleur de la fracture. Sur ces terres démocrates-chrétiennes, les grands électeurs ont ravivé la jacquerie des années 1960 contre les « technocrates » gaullistes et leurs plans de fusions de communes.

Remake de la période gaullienne

Devant les assemblées de maires, le chef de l’Etat a eu beau, tous ces derniers mois, multiplier les plaidoyers pro-réforme territoriale, rien n’y a fait… Les « sans étiquette » n’y ont vu qu’une entreprise larvée de recentralisation. Les préfets, chargés de redessiner la carte intercommunale, ont servi de boucs émissaires. « On ne voyait pas l’urgence de ces modifications » a lâché le leader du groupe UMP, Jean-Claude Gaudin au soir de la défaite. « Nous sommes opposés aux regroupements forcés, avait claironné Jean-Pierre Bel, président du groupe (PS) à la Haute assemblée dans La Gazette du 19 septembre. Ce risque est très présent. Le gouvernement agit dans une précipitation et une improvisation que rien ne justifie. Il laisse la porte ouverte à un pouvoir discrétionnaire des préfets. » Un réquisitoire dans le droit fil des philippiques sénatoriales des années 1959-1968. La chambre haute était alors présidée par Gaston Monnerville. Ce radical du Lot, plutôt étiqueté à gauche, s’était dressé contre la « forfaiture » gaullienne infligée aux corps intermédiaires : l’élection au suffrage universel direct du Président de la République. Contrairement à un poncif répandu ces derniers jours, le Sénat n’a donc, sous la Vème République, pas toujours été clairement arrimé à droite. Il s’est, en revanche, toujours montré plus attaché à un équilibre subtil des pouvoirs que porté sur l’appel au peuple cher aux bonapartistes.

Revanche des élus locaux

Les postulants socialistes à une charge sénatoriale se sont inscrits dans ce sillon. Ils ont  discerné dans le conseiller territorial une manière, pour le pouvoir sarkozyste, de jeter les élus locaux (« trop nombreux », « trop chers ») en pâture à l’opinion. L’implantation des vainqueurs du 25 septembre coïncide souvent avec  la France modérée de l’ouest et du sud-ouest, à l’abri des tempêtes de la désindustrialisation. La victoire sénatoriale trouve ses racines dans les triomphes municipaux, régionaux et cantonaux de 2008-2010. Elle coule de source dans un PS désormais composé majoritairement d’édiles. Face aux coups de boutoirs élyséen, la « vieille maison » est redevenue le bouclier des communes et des cantons.  Dans ces conditions, les imprécations intercommunalistes de la Fondation Terra Nova ont été mises au rencard. L’interdiction du cumul des mandats a subi le même sort. Le Palais du Luxembourg valait bien une messe.

Jean-Baptiste Forray

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6 Commentaires

Classé dans Chronique

6 réponses à “Elysée-collectivités : la rupture

  1. Belle analyse au sujet du Sénat .

  2. et le senat sera au contraire au premier plan pour une nouvelle etape de la decentralisation

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  4. CHOPIN

    En tant qu’ancienne élue locale, je pense que la décentralisation qui s’est opérée depuis de nombreuses années n’a pas été très cohérente. Ceci dit, la réforme actuelle sur les conseils généraux et régionaux est bonne mais mérite d’être affinée. J’ai vécu les difficultés entre ces 2 collectivités, chacune tirant la couverture de son côté surtout lorsqu’il y a divergence d’opinions politiques. Que dire aussi des regroupements de communes et de l’attitude de certains Préfets? Le Sénat devra examiner très sérieusement tous ces aspects. Bon courage.

  5. Au lieu de crééer des emplois de fonctionnaires territoriaux l’Etat devrait obliger les collectivités, à récompenser les fonctonnaires territoriaux de catégorie C, en détachant tous les fonctionnaires admis à un examen professionnel de cat B – sans condition de quota – ridicule au vu des missions effectuées et de l’âge. Cordialement

    • HAUKENGHAN

      Lauréate de l’examen prof;, effectuant des missions de Rédacteur, venant de former mon binôme, à 6 mois de mes 60 ans ma collectivité fait toujours la sourde oreille à mon souhait d’être nommée ; alors qu’on intégre des non tit;, en poste depuis 6 ans, croyez vous cela normal ??? Cordialement

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