Le sacre des notables

Pour les « politistes » Fabien Desage et David Guéranger, les bureaux communautaires se résument, le plus souvent, à des clubs de maires peu portés sur la démocratie locale. Une thèse qu’ils ont défendue lors du congrès de l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF), le 22 juin.

« La politique confisquée : sociologie des réformes et des institutions intercommunales » : dans leur ouvrage « d’intervention politique » paru l’an passé, Fabien Desage et David Guéranger pointent les failles du consensus intercommunal. « Le bureau communautaire, formé de conseillers élus au second degré, est à l’abri du contrôle des conseils municipaux. Il repose sur le droit de véto des maires présents. L’intercommunalité, c’est le consensus de la buvette de l’Assemblée nationale, sans le théâtre de l’hémicycle » résume David Guéranger, lors du congrès de l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF) à Rennes, ce 22 juin. Une dérive symptomatique, selon lui, « de ce qu’est devenue la décentralisation ».

Troc à huis-clos

Les deux universitaires, à l’origine de plusieurs enquêtes menées au cœur des EPCI, mettent en lumière « un fonctionnement à huis clos qui favorise le troc ». Et ces adeptes de « sociologie critique » de citer le stade « high-tech » de Lille Métropole. « Peu populaire » parmi les élus et les fonctionnaires, le projet a, selon eux, vu le jour en l’échange d’un coûteux plan de rénovation des piscines des 85 communes de la communauté urbaine.

« Les politiques de logement social ainsi que d’aires de gens du voyage sont difficiles à mener à l’échelle communautaire » remarquent également Fabien Desage et David Guéranger. La redistribution passe, à leurs yeux, par la politisation, c’est-à-dire par l’introduction d’une dose de conflictualité.

Associations au coin du bois

Faute d’y parvenir dans la plupart des cas, les communautés seraient soumises à une forte pression externe. « A Bordeaux, c’est un « lièvre » soulevé par une association qui a déclenché la discussion sur la délégation de service public dans le domaine de l’eau » relève David Guéranger. « La judiciarisation des mobilisations de type « Nimby » (NDLR : Not in my backyard, soit « pas dans mon jardin ») vient aussi du fait que les oppositions peinent à exister au sein des assemblées communautaires » appuie Fabien Desage.

Au final, les deux « politistes » reprennent à leur compte le titre de l’essai publié par Jacques Rondin en 1985, « Le sacre des notables ». Leur devise est, elle, inscrite au fronton de l’hôtel de Verviers (Belgique) : « Publicité, sauvegarde du peuple. »

Jean-Baptiste Forray

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